Moulin rouge

Moulin rouge
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Je te vois de dos, passant seul sous le Pont des Soupirs, retour d’école (cartable et blouse l’attestent) dans la douceur d’un jour de mai lilas et acacia qui tarde à finir et qui agace tes nerfs.

Tes pas résonnent sous l’arche de béton. Tu frémis à la forte odeur d’urine qui te claque au visage. Les graffiti obscènes, énigmatiques comme des hiéroglyphes, te prouvent l’existence du Mal.

Et la sourde angoisse s’épanche en toi comme l’encre noire dans le rose du buvard : Si la damnation est éternelle…

La musique du feuilleton radiophonique (Moulin Rouge, mais tu ne le sais pas) que tu chantonnes en silence est si douloureusement nostalgique que monte l’envie de pleurer d’avoir déjà perdu ce qui n’a pas encore été.

Ton ombre file et s’allonge démesurément vers la grand’ route, pressée des affres à venir.

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