Le mouvement surfiguratif

Le mouvement surfiguratif
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Bien que né au XXIè siècle, le mouvement surfiguratif s`appuie sur un événement majeur de l`histoire de l`art : l`invention de la photographie. On se souvient que suite à l`avènement de la photographie, la peinture est non seulement et curieusement redevenue maladroite, mais qu`elle s`est aussi peu à peu repliée sur sa spécificité, et qu`en conséquence, de figurative elle s`est voulue abstraite (de toute représentation).

Gott ist tot ! Dieu était mort ! Et la peinture (voir c’est tendre Dieu au miroir) atteinte aussitôt de cécité. À quelques exceptions près, comme Courbet, qui, en 1866, offrit au monde l`œil de son origine : un sexe de femme ! Un trou !

Vision insupportable à la nouvelle Reine, la Photographie, qui , à la  » lumière  » de Freud et de sa découverte de l`inconscient, allait retourner ce trou comme le doigt d`un gant, et placer le regard sous la dictature du Phallus, cet œil érectile, cette flèche qui actionne toute la photographie. Le réel ne se regarda plus qu`enchaîné à l`érection du visible et le monde aux chasseurs d`images, qu`elles fussent fixes ou animées.

 » Quand l’image construite et choisie par quelqu’un d’autre est devenue le principal rapport de l’individu au monde qu’auparavant il regardait par lui-même, on n’ignore évidemment pas que l’image peut supporter tout… « 1

Et, à un point tel, qu’en France, à la fin du siècle dernier, on déclara, après le mort de Dieu et la fin de l’Histoire, (la pratique de) la peinture indésirable, nulle et non avenue : morte à jamais ! À qui profitait le crime ? À l`installation : la présence réelle d`objets en lieu et place de leur représentation rendue impossible (voire interdite par l`Art Officiel) sauf à  » l`imager « , la photographier, la cinématographier, la vidéographier…

C`est à ce triste état des lieux qu’au début des années 2000, s`opposa Jacques Cauda, initiateur du mouvement surfiguratif :  » aujourd`hui que le réel est dans un rapport de stricte égalité avec le visible, écrivit-il, rien n`existe en dehors de son image. Aussi la peinture ne saurait avoir d`autre objet que le déjà-vu ( la photo, le cinéma…) et d`autres exigences que de l`interroger.  »

Qu`arriverait-il à la peinture si on ne peignait que ce qui coïncide avec son image ?

Peindre le déjà-vu ne revient-il pas à le maintenir dessus le monde des images par le signe efficace de sa propre destruction ?

Dans la peinture, l`absence du peintre n`apparaît-elle pas comme une empreinte dans laquelle le spectateur peut glisser ses pas, alors que le photographe ne manque jamais à la photographie qui est la preuve de sa présence omnipotente dans laquelle le spectateur vient buter comme contre un mur ?

Tel est l`enjeu de l`art surfiguratif : redonner une FIGURE au monde par le trou que fait la peinture dans cette image que le réel a pris pour seul modèle, et à qui elle se substitue.

La photographie c’est beaucoup plus beau quand on la réinvente.

1Guy Debord, Commentaires sur la Société du Spectacle, Paris, 1988

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