Le casier judiciaire

Le casier judiciaire
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Après dix ans de vie commune, les non-dits ayant alourdi l’atmosphère, rien ne vaut un voyage pour se rabibocher, pensait Sylviane Portier. Hélas, en ces temps de terrorisme, d’insécurité générale, difficiles pour ne pas dire déconseillés étaient devenus les déplacements interétatiques, l’obtention d’un passeport dûment estampillé requerrait de la part des postulants aux voyages une patience angélique et des nerfs d’acier, tant étaient indéfinis les délais de réception de ce précieux sésame.

Consciente de l’aléatoire des démarches entreprises, la jeune femme décida passer outre les conseils alarmistes de ses proches prévoyant les atermoiements de l’administration, donc le renvoi aux calendes de son projet : tenant à l’écart son mari, par le biais de vacances aux caraïbes elle souhaitait fêter leurs noces d’étain… Chez elle, ni scepticisme imbécile, ni optimisme béat, plutôt une défiance envers ce perpétuel qui-vive, malgré son goût immodéré pour les polars elle conservait ses pieds sur terre, d’ailleurs son époux Bertrand, la connaissant mal, lui reprochait un pragmatisme n’ayant rien de féminin…

Vu la tournure des événements, les fermetures de frontières, une sécurité renforcée, etc., elle subodora s’engager dans un parcours du combattant parsemé d’autant d’embûches que de guichets administratifs face auxquels, suivant l’ordre des sollicitations elle y piétinerait, s’expliquerait, enragerait avant de se voir expédiée, malgré sa mise soignée et un sourire aguicheur adressé au rond-de-cuir à peine la dévisageant –un sexuel désintérêt qui fugacement l’offusquerait, la blesserait – sans ménagement vers le bureau d’à côté délivrant ces formulaires devant sous huitaine être convenablement remplis puis restitués, signés et accompagnés des innumérables pièces justificatives : actes de naissance, de mariage, pièces d’identité, extraits de casiers judiciaires, etc., afin que ledit service les ayant contrôlées, à son tour les dirige vers ceux de la préfecture, seuls habilités à ré-pondre, favorablement ou défavorablement à ce genre de requête… On n’exige pas d’un fonctionnaire, surtout subalterne, qu’il s’explique sur le bien-fondé de son administration, s’attarde sur la réelle identité du solliciteur lui faisant face –pas mal pas mal cette salope, vachement bien tournée… pas mal pas mal ce type, bien sapé, bien achalandé ! – mais que sans tergiverser ni excès de zèle, il tamponne, délivre ce document officiel nécessaire pour seulement exister aux yeux d’autres administrations… De nos jours, les citoyens sont confrontés à ce monde complexe d’une omnipotente bureaucratie, rigoureuse pour ne pas dire vétilleuse, condamnée pour sa survie à se démultiplier à l’infini, à se stratifier, chaque nouveau service ou bureau n’ayant d’autre utilité que la prise en compte des précédentes officines…

S’ensuivit un va et vient de courrier adressé aux respectives mairies des lieux de naissance des époux, certains retours nécessitèrent par oubli d’un renseignement leur renvoi im-médiat, ceci jusqu’à l’obtention définitive des documents sollici-tés… Malgré ces lenteurs auxquelles s’ajoutèrent grèves postales et lettres égarées, Sylviane Portier ne perdit pas pied, seule sa patience fut entamée par cet horripilant ping-pong épistolaire, surtout lorsqu’elle se rendit compte que les délais concernant leur voyage aux Caraïbes se réduisaient dangereusement.

Car s’il fallait attendre leurs noces de cristal, cinq ans plus tard, un bail ! elle n’était pas certaine d’y atteindre, étant donné que ces dix années de vie commune qu’ils s’apprêtaient à célébrer, ne lui avaient pas permis de véritablement s’assurer de l’identité de son conjoint : que savait-elle de son passé, notamment amoureux ? Sait-on jamais avec qui l’on dort ? un important pourcentage d’hommes et de femmes regrettant leurs coucheries avalise cette interrogation. La seule part dont elle s’était appropriée de son époux correspondait à celle satisfaisant ses sens : leurs rapports intimes assurant ce sensoriel minimum syndical indispensable à la bonne entente physique de leur couple…

Véritablement complexe ce réseau d’acheminement du courrier et impénétrables les voies postales, rares en sont les usagers, habitués à ce que sans problèmes majeurs cette administration s’assure de son service en les desservant à domicile, à s’intéresser aux innombrables manipulations et translations requises pour son fonctionnement, seules parfois, une erreur de triage, une improbable perte d’une missive, conduisent à des retards indépendants de la bonne volonté du préposé, qui situé en bout de chaîne, tout en sif-flotant distribue bonnes ou mauvaises nouvelles : un foutu dilemme, vu la somme de quiproquos en résultant !…

Selon l’ordre de leur arrivée, toujours sans en référer à son mari, Sylviane Portier recensa cette correspondance, ne s’alerta qu’au constat du non-retour des extraits de casier judiciaire, alors qu’elle était certaine avoir expédié leur demande un bon mois auparavant. Par téléphone s’assurant de sa réception auprès des services sis à Nantes, il lui fut répondu, que ce service ployait sous les dossiers, s’accroissant crimes et délits ils en suivaient l’exponentielle courbe, par contre, le nombre de fonctionnaires s’échinant à l’établissement desdits documents ne suivant pas, il lui fallait s’attendre à d’incertains délais…

Cette allusive réponse ne la satisfît pas, fit se lever en elle une indéfinissable angoisse, relative à de siennes cachotteries, à ce jour jamais avoués à son époux ces anciens vols commis en réunion l’ayant condamnée à de la prison avec sursis ; des conneries, des erreurs de jeunesse, et que le premier n’ayant jamais volé un oeuf se risque à la juger, non mais !… ainsi qu’une trouble intuition concernant le contenu du casier judiciaire de son Jules ayant pu lui cacher d’équivalentes ou pires bêtises. Une appréhension, d’urgence demandant à être jugée infondée par l’exhibition d’un casier vierge : le sien portait d’indélébiles mais mineures taches, celui de Bertrand peut-être des surprises d’une autre catégorie, pourquoi pas des délits, des crimes ? de seulement les envisager Sylviane en frissonnait (agréablement ? désagréablement ?)…

Ainsi reconnût-elle que durant cette cohabitation correspondant à leurs années de mariage, malgré leurs jouissances partagées, la naissance du fruit de leurs amours, un bambin de cinq ans, ils ne se connaissaient pas où si peu ; volontairement leurs individuels passés avaient été maintenus en suspension, au risque de troubler leur idylle, gentiment mises de côté les interrogations sournoises, seule la jalousie, tôt ou tard, viendrait mettre un terme à cette habile parenthèse. Sous l’effet de cette embarrassante supposition sa nervosité s’accrut, difficilement maîtrisable sa gamberge l’amena à redouter l’innocent et ponctuel passage du facteur de quartier, tant elle craignait d’indésirables révélations, la découverte de monstruosités ?… À compter de l’évasive communication téléphonique elle souhaita qu’il presse son pas, fasse diligence, délaisse sa rue, oublie leur numéro, quelles que soient les raisons du portage : décès, naissance, mariage, etc., ne vienne frapper l’huis de leur résidence… Cachée derrière les doubles rideaux de son salon d’où elle épiait le tricotage de l’insouciant fonctionnaire, madame Portier s’apaisait en portant ses inquiets regards vers une photo de son jeune fils, dont les traits physiques tout autant la rassuraient sur sa propre identité que sur celle de Bertrand, pour sûr, le père du bambin…

L’on ne sut jamais si ce préposé s’attribuant auprès de ses goguenards collègues, l’émotion, la confusion repérée chez sa cliente, en connut les fortuites causes lorsqu’il lui remit ce pli recommandé, apparemment la prenant au dépourvu –mentalement elle avait effacé l’éventualité de cette redoutable missive – signé en tremblant de tous ses membres, un sourire accueillant aux lèvres, plutôt un vilain rictus, lui permettant de se donner cette fausse contenance mal interprétée par le postier amoureux !… Après avoir pensé la déchirer ou la brûler, poussée par une irrémédiable curiosité Sylviane Portier ouvrit l’enveloppe, en retira ces documents autant attendus que redoutés, une fois écarté l’extrait la concernant, elle parcourut l’autre en diagonale tout en évitant de s’attacher à certains termes –incompréhensibles pour les non spécialistes ceux usités par le monde judiciaire –, pourtant non équivoques ces tentatives et viols et récidives déjà la ravageant.

Ensuite, assommée par ce rapide survol, attentivement, ligne après ligne, de son en-tête au paraphe final elle relut cet extrait, dont (horreur !) les nom et prénom, lieu de naissance, correspondaient à ceux de son époux : Bertrand Portier… Décontenancée, elle s’attacha à déchiffrer ce chapelet d’infamies et de cette éprouvante constatation –à elle d’en tirer d’immédiates conclusions – ressortait que sans le savoir elle vivait en compagnie d’un criminel de la pire engeance, celle des violeurs récidivistes : un inconnu ayant purgé des années de centrale, avec qui elle partageait et sa vie et son lit ! Un simulateur lui ayant malgré son lourd passif, jusqu’à cette inattendue (inespérée ?) révélation, parfaitement donné le change en se comportant en bon père et mari ! Un manipulateur dont elle épierait le quotidien, observerait le comportement afin d’y déceler sous cette apparence lisse d’homme normal –banal ? soudainement il ne l’était plus – les fondements psychiques de ses anciens dérèglements… Consciente que pour une bonne part notre liberté consiste à se trouver à l’abri d’inquisitoriales questions, malgré la violence du choc elle se garda de réagir trop promptement en l’avertissant de sa découverte, ne l’interrogea pas sur ses antécédents, par contre en parallèle mena un espionnage de tous les instants, se documenta, consulta des ouvrages ayant trait à ces assassins, abhorrés, vilipendés… Feuilletés sans discernement mais avec un malsain plaisir, elle se nourrit d’atroces forfaits relatés dans les chroniques judiciaires, les plus cruels et sanglants de ces faits divers l’émoustillèrent, lui procurèrent ces glauques sensations que l’on aime guère s’avouer, cette inconvenante jouissance résultant du chapelet d’humiliations, de sévices subis par ses possibles sœurs, avilies, violentées, torturées, massacrées…

Sylviane Portier s’interrogeait sur sa trouble perception du monde extérieur, s’agissait-il d’un délire résultant de ces monstrueuses révélations qu’elle ne désirait ébruiter, la menant à sa perte un jugement ne s’adossant plus aux lois et notions sociales, seulement à d’intempestives (incontrôlées) réactions d’amour haine ? débridé, son esprit vagabondait, mettait en branle une chaîne d’évènements désordonnés… La jeune femme se confia à sa mère, difficilement cette dernière masqua sa réprobation, argua de son expérience conjugale, les ayant amenés avec son père à récemment fêter leurs noces d’argent ! Ensuite, lui conseilla de repousser ce voyage afin de se donner le temps nécessaire à d’approfondies vérifications, étant donné que jusqu’à ce jour, jamais le comportement de Bertrand ne l’avait autorisée à élever le moindre soupçon à son égard : qu’il n’était donc pas question d’abandonner le domicile conjugal sous le futile prétexte d’un tumultueux mais invérifiable passé… Sa mère bottait en touche, et loin de combler son attente ses vaines paroles la conduisirent à s’adresser à sa sœur aînée qui lui tint un tout autre langage : brutalement lui intima de cesser son cinéma, de délaisser ses lectures de polars anglais peuplés de ladies empoisonnant leurs richissimes époux, comme si le crime parfait était une composante des mœurs des bonnes familles d’outre-manche ; lui recommanda de s’intéresser au travail de son mari, privilégier, pour le cas où ses fantaisistes élucubrations s’avèreraient fondées, la sauvegarde de l’enfant… Autant flouée par l’hypocrisie de l’une que par les faux-fuyants de l’autre, la jeune femme se référa à d’autres oreilles, bienveillantes… restant à savoir si bénévoles celles des pseudo thérapeutes oeuvrant par l’intermédiaire de revues ou d’émissions radio, selon leurs atypiques cursus mal habilités pour porter secours aux amants en difficulté : par de vagues, usés conseils, les aident à retrouver les chemins d’une franche communication, à stopper la spirale des reproches, à faire cesser l’endémique violence, à dénouer les blocages, à faire en sorte qu’ils s’acceptent au lit !… N’existent que deux protagonistes par couple, hélas, l’équivoque relation les unissant échappe à la volonté de chacun : l’on s’aperçoit que l’on se trompe mutuellement, se prête des intentions autant inavouables qu’inexistantes souvent…

… Spirituelle, fine psychologue, grande prêtresse nocturne de ce genre de confessions et d’absolutions très « tendance », Laïla lui proposa de passer aux aveux, de se libérer de ses obsessions en dévoilant cet extrait dont le sulfureux contenu la déstabilisait : une réciproque franchise pouvant être salutaire à la récupération d’une totale confiance : pensez, très, très fort aux Caraïbes, à vos futures noces de cristal Sylviane, le temps est proche où tous les deux…

… Plus sexe, Clara lui fit comprendre que seul l’assouvissement de ses fantasmes, opportunément dévoilés pour ne pas dire réactivés par l’attrait de cette litanie de crimes –ceux du viol, récurrents dans la mythologie féminine – la soulagerait grâce à l’éclosion d’une jouissance acceptée ; lui conseilla des apartés sexuels du genre partouze, pouvant lui procurer, suite à l’exacerbation de ses sens une meilleure assise quant à la sexualité future partagée avec son mari… pourquoi pas aux Caraïbes !…

Bardée d’avis, de recommandations contradictoires, embarrassée par les ‘sexplicites’ propositions de l’ultime intervenante, si elle n’eut pas l’immédiat courage de se lancer dans une gratuite débauche, Sylviane s’en tint à une provocation domestique. Ainsi escomptait-elle désarçonner son époux –depuis la révélation de son passé criminel, devenu ce récidiviste violeur occupant la majeure partie de ses rêveries érotiques, alors qu’à peine le devoir accompli, déjà somnolent, il l’abandonnait insatisfaite, écartelée sur le grill du plaisir –, lui réveiller ses endormis ou cadenassés bas instincts, lui délivrer ses coupables pulsions qu’à point nommé, selon l’application des luxurieux conseils de la sexologue, à son profit elle en récupérerait l’ardeur animale… Elle changea de vestimentaire, d’allure, osa des attitudes, des gestes, des comportements calqués sur ceux de la filmographie ‘X’, bientôt s’afficha dans d’inhabituelles sorties nocturnes, des désordres calculés, mais vains… Une vie à peine dissolue, ne semblant pas alerter son violeur potentiel (espéré), enclin à s’apitoyer sur les subites, inexplicables transformations de son épouse, desquelles il n’appréhendait ni les causes, ni l’intérêt, mais la voyant s’engager dans une contre productive dérive finit par gentiment la sermonner… Cette leçon de morale distribuée par un monomaniaque, un violeur, la jeune femme ne pouvait, ni l’accepter ni la supporter, outragée elle finit par exhiber ce compromettant extrait, le brandit à la face du moralisateur… franchement hilare lorsqu’il eut pris connaissance de son contenu. Cet inextinguible fou-rire l’irrita, la fit sortir de ses gonds, plus son mari se désopilait, plus se délitaient ces frêles certitudes sur lesquelles elle avait échafaudé une imposture conçue géniale, pourvoyeuse de croquignolets résultats ; des séances de tortures sado-masochistes avec chaînes et baillons, des engins spéciaux, des estrapades, des roues, des supplices raffinés, des plaisirs méconnus… Cet effondrement se confirma lorsque Bertrand lui déclara que ce dénonciateur casier judiciaire en rien ne le concernait, mais un sien homonyme : « Ma chérie, tu aurais dû ni t’emballer ni laisser ton imagination vagabonder, car si nos patronymes, nos lieux et dates de naissance correspondent… si également parisiens, hélas, nous ne sommes pas du même arrondissement… Rappelle-toi, dans lequel nous sommes-nous mariés, n’est-ce pas le quatorzième ? Je le regrette, je ne suis ni ce criminel, ni ce violeur aussi redouté qu’espéré ! »…

Assurée par expérience que nos maux sont divisibles en deux parts, ceux qui s’y trouvent et ceux que nous y ajoutons, les moindres n’étant pas ceux rapportés, malgré sa dé-sillusion, l’intrus, l’étranger Bertrand sous son nez lui détricotant son diabolique dessein, afin de faire cesser rires et moqueries, se faire pardonner, elle lui révéla la source de ce malentendu : ce voyage aux Caraïbes devant officialiser leurs noces d’étain, les démarches relatives aux passeports ayant conduit à cette confusion, dont elle convint avoir abusé en se laissant déborder par sa propen-sion à mélanger tragédie grecque et ‘néo-polars’… Cependant, en son for intérieur cette jubilante haine, dont momentanément elle avait su, sans en mesurer les négatives contreparties psychiques, utiliser à ses propres fins le médiocre carburant, ne cessait de réclamer son dû, l’incitait à la vengeance, Sylviane Portier dont l’attrait de l’abomination depuis peu conduisait ses actes, sut qu’en réponse à ce comminatoire commandement elle devait agir en conséquence…

… « La faute de ses futurs errements incombait-elle au seul appareil bureaucratique, à une regrettable erreur de transmission de courrier ? L’on sait que malgré l’utilisation d’ordinateurs les méprises sont inévitables, d’autant moins repéra-bles qu’irréparables les dégâts occasionnés ! Désormais le fortuit, l’imprévisible résultent d’égarement de cette machinerie informati-que apparentée à nos complexes réseaux neuronaux, l’utilisateur de ces appareils demeurant ce seul, irresponsable humain !… Relevait-il cet horrible forfait de son attachement aux séries policières, dont les embrouillés écheveaux nous révèlent qu’ici-bas rien n’est simple, malgré cette illusoire tendance littéraire à vouloir effacer nuances et discordances, diviser l’humanité romanesque en seuls bons et méchants, avec pour corollaire la méconnaissance de cet intrus côtoyé durant une décade, sans en avoir sondé l’énigme de son identité, ses inévitables petits secrets malencontreusement grossis par ce mal adressé casier judiciaire ayant brouillé les pistes !… Ou bien le jugeait-elle trop lisse, trop prévisible ce mari qu’ouvertement les plus délurées de ses amies lui enviaient ? De louables appréciations physiques qui, malgré l’implicite dangerosité de cette chasse, auraient dû l’obliger à le regarder différemment, munie des yeux énamourés de ces donzelles, cet homme choisi puis épousé, sans lui trouver d’autres qualités basiques que celles, mal ou inexploitées, jusqu’aux révélations des premiers jours de crise ?… Son inexorable versement dans l’illégalité provenait-il de la subversion de son fragile mental par ces légions de fantasmes inassouvis, leurs soulèvements ayant été fomentés par sa débordante imagination la conduisant à se soumettre corps et âme à leurs luxurieux aiguillons ? »…

Au fil du réquisitoire le procureur général la désigna comme femme dissolue, mère indigne, délibérément ayant pris ses désirs pour des réalités, abandonné enfant et mari afin de plonger, sans remords apparents, dans le stupre et la fornication !… Outre les anciens vols commis en réunion le casier judiciaire de Sylviane Portier s’agrémenterait d’autres alinéas, ceux d’abandon de domicile conjugal, d’incitation à la débauche, de tentatives d’assassinat, avant de se conclure sur celui de crime passionnel par empoisonnement… Durant ses nombreuses années de détention elle aurait loisir de rêver aux Caraïbes jamais atteintes, aux inaccessibles noces de cristal, porcelaine ou perle…

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