La maldonne des slips-in

La maldonne des slips-in
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Voilà votre chambre, dit l’employé en posant respectueusement les valises devant la porte du bungalow. Je vous souhaite une bonne soirée.

Dès que le garçon a tourné les talons, Denys tourne la clé dans la serrure et pénètre dans la pièce. Une armoire, une table et une chaise, une télévision à l’écran aveugle, ainsi qu’un mini-bar se détachent sur les murs blanchis à la chaux. Les motifs résolument exotiques des rideaux, auxquels répondent en écho à ceux du couvre-lit, sont là pour rappeler que l’Afrique est à la porte.

Sur la droite, un grand lit lui ouvre ses draps. Denys s’y écroule avec délices. Il laisse tomber le masque d’hommes-d’affaires-blasé-qui-a-tout-vu, celui qu’il arborait devant le porteur de valise, et s’accorde quelques minutes de paresse. Rien à dire. L’hôtel semble être à la hauteur de sa réputation.

Seul bémol, il fait chaud, beaucoup trop chaud. Il est pourtant onze heures du soir, mais la nuit tombée ne semble pas infléchir la température.

Il appuie sur le bouton de la climatisation. Dans quelques minutes, cela ira mieux.

La journée à Abidjan a été épuisante. Les clients difficiles. Tout ce temps passé à proposer, discuter, persuader, expliquer, concéder, marchander, sans cesser de sourire. Il en a des courbatures aux zygomatiques. Ses doigts massent le gras de sa joue. Et ce rendez-vous interminable… amabilités commerciales, poignées de main, salamalecs et conversations convenues, sous le ciel chauffé à blanc, rendu singulièrement dansant par les trois whiskies qu’il a dû accepter…

Christine, tout à l’heure, au téléphone, lui a dit qu’il avait de la chance. Elle semble croire que son déplacement consiste essentiellement à descendre dans des palaces luxueux et à plonger dans des piscines turquoises sous le soleil africain. On ne s’imagine pas à quoi ressemble la vie d’un commercial en semences potagères. Missionnaire brandissant en guise d’évangile le catalogues de melons hybrides, il a dû prêcher dur la bonne parole à ses ouailles pour les convertir à ses préceptes. La croisade de T. pour inonder l’Afrique de ses graines magiques se révèle un sacerdoce plus éprouvant qu’il l’avait imaginé. L’alcool absorbé tout à l’heure lui barbouille encore l’estomac. Pour l’heure, il n’a qu’une envie ce soir : se retrouver en tête à tête avec lui-même, et se couler dans l’oasis de deux draps frais..

La valise baille à s’en décrocher la mâchoire. Tout comme lui. Il y pioche machinalement un pyjama, avant de se raviser. Il fait déjà tellement chaud, inutile de s’habiller pour la nuit.

Il ôte pièce après pièce sa cuirasse de valeureux guerrier. Veste, cravate, chemise et pantalon voltigent avec désinvolture sur la moquette, dans un ineffable parfum de sueur.

Les accents joyeux d’un orchestre de jazz martèlent la nuit, tamisée par la minceur des murs. Denys entrouve la porte, sonde l’obscurité, dirige son regard vers les illuminations de l’hôtel. A sa grande surprise, il règne une certaine effervescence, à cette heure tardive. L’établissement semble prendre vie. Des faisceaux de phares animent l’obscurité dans le parking, et on devine, devant la majestueuse entrée, des allées et venues dans le scintillement intermittent des lampions. Des gens poussent les portes battantes, faisant surgir un trait de lumière, et animant la façade de leurs ombres géantes.

Il se souvient avoir lu, sur la brochure exposée à la réception, que le Wafu s’enorgueillissait d’un casino réputé dans tout le pays. Voilà le pourquoi du comment.

Eh bien, ce n’est certainement pas moi qui y mettrai les pieds ce soir. Maintenant, dodo.

Il s’allonge sur le lit. Se retourne. S’assoit. Trop énervé. Trop chaud. La climatisation est mal réglée. A part produire un ronronnement lancinant, elle ne sert strictement à rien. Il fait encore plus chaud que tout à l’heure. La fraîcheur est défraîchie. La chaleur s’emballe, éternelle présence, moite et entêtée.

Et puis cette musique… Sans elle, le sommeil se laisserait peut-être convaincre de l’assommer. Mais cette trompette irritante qui strie le silence de ses longues plaintes nerveuses, fait vraiment tout ce qu’elle peut pour le décourager. A chaque fois qu’il se sent dériver vers l’inconscience, ce satané hurlement de trompette le ramène vers la réalité moite du lit.

Si au moins il y avait une fenêtre, il pourrait aérer la pièce. Mais la seule ouverture est constituée par la porte, et il ne peut tout de même pas la laisser ouverte.
Il se lève, fait quelques pas. Croise son reflet étonné dans la glace de l’armoire. Se souvient brusquement qu’il ne porte pour tout ornement, qu’un slip exténué. Tombe un instant en contemplation devant son image.
Ne se plait pas.
Mais pas du tout.

Le sous-vêtement présente toutes les caractéristiques d’une catastrophe naturelle. Effondrement, avalanche, glissement de terrain. Il l’a enfilé ce matin sans le voir, l’esprit encore englué dans ses marécages nocturnes. Comment Christine a-t-elle pu faire l’acquisition d’une pareille horreur ? Dans quel grenier l’a-t-elle dénichée ? Il est inconcevable qu’elle ait pu l’acheter autrement que sous la menace d’un vingt-deux long rifle, ou sous l’influence prolongée d’une cuite sévère.

Il s’étudie avec agacement. Ce chiffon. Ce… cette… c’est bien simple, il ne trouve pas les mots qui pourraient s’y accrocher. Ce n’est pas un slip – ce substantif abusif est depuis belle lurette devenu inapproprié –, c’est une bâche. Un truc, un machin. Délavé, recoloré, déteint, recolorié par de multiples accidents de lavage et d’erreurs de programmes successives, dont Christine s’est fait une spécialité, l’objet n’avoue aucune couleur connue sur cette Terre. Quoique… en cherchant bien, il possède une nuance rappelant vaguement la fiente d’oie. Quant à la forme… ou la non forme… c’est une catastrophe. Lorsqu’il le remonte, l’engin pourrait facilement recouvrir ses côtes inférieures, et même, avec un peu de zèle, atteindre son menton. Sa coupe « 14-18 » a dû faire fureur autrefois dans les tranchées. Deux individus de gabarit moyen pourraient y cohabiter sans se gêner énormément. L’élastique, dont la vie ne tient plus qu’à un fil, menace de rendre son dernier soupir.

Son regard exaspéré plonge plus bas, sous le léger vallonnement de l’abdomen dont les footings dominicaux n’ont pu venir à bout. A l’endroit stratégique conçu habituellement pour accueillir les instruments glorieux de la virilité triomphante, là où en théorie l’étoffe devrait se tendre pour mettre en valeur le mâle accessoire , le tissu bouffe, cloque, fripe, prend le large… Il batifole en plis inutiles et frisottis ridicules, qui écorchent sa dignité d’homme. La chose paraît plus incongrue encore dans ce cadre de haut standing, ce bungalow à 150 euros la nuit. Sûr que ces murs blancs et distingués n’ont jamais dû connaître l’offense d’un pareil spectacle ! Il lui semble tout à coup que l’œil glauque de la télévision l’observe avec infiniment d’ironie.

Tournant résolument le dos au miroir, Denys se passe le visage à l’eau, penché sur le lavabo de la salle de bains. Minuit déjà. Il ouvre la porte, pour respirer l’air de la nuit.
Dehors, un flot de notes enjouées, rieuses, frappe ses oreilles. Une bouffée d’air lui caresse les cheveux. Le vent promène des odeurs sucrées qu’il n’a respiré nulle part ailleurs.
Il fait un pas dehors. La douceur le surprend. Ici, l’air circule, et sans pouvoir être qualifié de fraîcheur, il possède une légèreté piquante qui soulage immédiatement sa fièvre. Une haleine tiède s’enroule autour de lui, tel un souffle d’animal familier. Ce bungalow est un piège. Il concentre dans ses vingt mètres carrés toute la chaleur du jour. La climatisation est en panne, il faudra le signaler demain matin à la réception.
La nuit a enfilé sa tenue de soirée. Rivières de diamants, colliers d’étoiles. Au loin, par-delà la chevelure sombre des arbres, un semis de lumières troue la robe noire du ciel : Abidjan, grosse chenille aux yeux innombrables…

Le bungalow, comme les dizaines d’autres éparpillées autour de l’hôtel, est construit sur pilotis. On y accède par une passerelle qui enjambe la lagune. L’architecte qui a dessiné le plan a voulu figurer une gigantesque araignée, dont chaque chemin de bois représenteraient les pattes, et l’hôtel-casino, le corps. Le léger clapotis des vaguelettes léchant les piliers, que les péroraisons du saxo rendent à peine perceptible, imprime au bois d’infimes vibrations. L’orchestre coupe la parole à la brise tiède, aux confidences du vent et de l’eau.

Denys s’accoude sur la rambarde qui ourle la passerelle, pour mieux savourer le spectacle. Cadre irréel. Magique. L’hôtel Wafu, avec ses guirlandes lumineuses soulignant ses contours, se donne des airs de vaisseau fantôme. Sur le parking, des réverbères éclairent le ballet incessant des voitures de luxe, distribuant leurs passagers fortunés sur le parvis.
La bouche du hall avale des silhouettes à la démarche lente, des ombres furtives de joueurs venus perdre ou gagner des fortunes en quelques heures. Nuit de fête, nuit de jeu. Denys les observe avec distance. Comme il se sent loin de ces futilités… Il contemple sans envie ce petit monde de toc, de strass et de paillettes, comme il admirerait une belle image. Son esprit fait une fugue, aidé par la trompette complice. Ses pensées caracolent dans la haute sphère de la métaphysique, autour des questions essentielles qui le tourmentent : la carotte Bingo aura-t- elle la chance, demain, de rafler le marché, au détriment de sa concurrente, la carotte Tango ?
Le melon Kador serait-il plus précoce que prévu, compte tenu du fait que la date des semis…

Pan.
Il sursaute. Le claquement vient d’interrompre ses considérations potagères. Pas d’erreur, c’était le bruit sec d’une porte qui se referme. D’un bond, il se retourne, avance la main vers le panneau de bois, tâtonne vers la surface laquée. Pas de poignée. Une simple serrure.

Quelques neurones en lui ont déjà compris la situation, mais tardent à délivrer l’information au quartier général du cerveau. Le scénario qui en découle, il ne veut pas encore l’admettre.
Quelques cellules réfractaires entrent en résistance. Il refuse ce qui vient de se passer. Non, il doit bien y avoir une solution. Ses doigts tripotent la serrure, comme s’ils pouvaient actionner un mécanisme secret. En vain, bien évidemment. L’agacement, l’exaspération le gagnent, puis c’est la panique qui commence à se propager dans ses couloirs intimes. Naturellement, il n’a pas sa clé. Sa main remonte instinctivement à l’endroit habituellement occupé par ses poches, ne les trouve pas, et pour cause, étant donné l’extrême modestie de son habillement. Ils se rappelle tout à coup dans quelle tenue il est, et là, un effroi glacé fige son sang dans ses veines. Il n’a pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour se représenter le ridicule du tableau : il est enfermé à l’extérieur du bungalow – car en l’état actuel des choses, l’extérieur est bien une prison – dans une tenue qu’il ne serait pas exagéré de qualifier d’indécente, au regard des cinq étoiles du Wafu.

Son amour-propre cherche encore désespérément des solutions pour échapper à l’inéluctable, par le biais d’une fente hypothétique dans la toiture, une faille secrète, un trou même exigu par lequel il pourrait se glisser à l’intérieur. Un examen minutieux de l’édifice lui révère la vanité de ses espérances. Rien. Le bâtiment est malheureusement parfaitement entretenu, et ne lui fait même pas la charité d’une bouche d’aération ou d’une cheminée, ce qui n’est pas étonnant, sous ces latitudes… Promu forteresse, il tient à le rester.

Retour devant la serrure, que ses doigts inutiles triturent avec désespoir.

Que faire ? Passer la nuit dehors ? Personne ne s’en apercevrait. Personne ? Si ! Les moustiques ! Il ne les avait pas remarqués, mais il semble qu’ils aient attendu cette heure dramatique pour attaquer, car ils se mettent à charger en bataillons serrés. Les démangeaisons et picotis qui commencent à pétiller sur sa peau rendent l’hypothèse d’une nuit à la belle étoile totalement inconcevable. Denys voit passer comme en songe un long cortège de paludisme, de dengue et autres maladies redoutables. La sueur perle sur son front. Hypothèse rejetée, donc.
Autre solution envisageable : jeter sa dignité aux crocodiles, et aller au quartier général de l’hôtel, afin de se mettre en quête d’un employé susceptible de lui délivrer le double des clés.

A vrai dire, il n’a pas d’autre échappatoire. Plus il examine la situation, plus se précise en lui la nécessité de s’adresser à la réception., quoiqu’il lui en coûte.

Comme un poilu qui marche vers le front, Denys remonte lentement le ponton qui mène vers l’hôtel. Il n’avait pas remarqué, à l’aller, que le passage était si éclairé. Des lampions criards jettent une lumière gaie sur les passants. Ses enjambées mal assurées le rapprochent inexorablement du bloc de lumière, où papillonnent les noctambules à plastrons et robes de soirée. Des rires grelottent quelque part, derrière le long ricanement de la trompette. Il lui semble que tous les clients du casino ont en ce moment même les yeux rivés sur lui et sur son douloureux chemin de croix. Imperceptiblement, il se raidit, mais poursuit sa marche héroïque. D’ailleurs, le rire s’éloigne, et meurt, quelque part, du côté du parking. Visiblement, ce n’était pas (encore) pour lui. Il continue son avancée interminable.
A la jonction de la passerelle et de la cour d’honneur, il marque un temps d’arrêt. Un laurier rose lui fournit une cachette providentielle, pour mûrir sa réflexion sur la suite des opérations. Par miracle, personne ne l’a encore remarqué. Mais ça ne va pas durer. Il lui reste à franchir que ces quelques mètres de gravier, avant d’atteindre le hall. Mais c’est bien là que se situe le nœud du problème. Car cette surface modeste est encombrée de clients endimanchés, venus respirer la nuit tiède, entre deux parties de roulette.
Tapi dans l’ombre bienfaisante, il guette un long moment le passage hypothétique d’un garçon, mais il semble que les employés du Wafu n’aient rien à faire dans la nuit tiède. Il ne peut tout de même pas rester là jusqu’à demain. Les crampes, et les morsures de moustiques, le pressent d’agir.
Il se murmure quelque chose à propos de l’inoffensivité du ridicule, une phrase idiote entendue dans sa vie antérieure, tente de se persuader que l’anecdote est pittoresque, et se résout à sortir de son abri.

Soudain, la rumeur qui baignait la cour d’honneur cesse, comme une toile de fond qui se déchire. Et le silence assourdissant qui tombe sur ses épaules rend plus brutale encore l’acuité des prunelles rivées sur lui. Sur ses rétines s’impriment successivement la stupeur figeant les visages maquillés, les sourcils propulsés vers le haut, la paralysie des gestes esquissés, les conversations stoppées nettes au milieu d’une phrase… Il se sent affreusement mal à l’aise au milieu de ces gens transformés en statue, qui s’immobilisent sur son passage dans une haie d’honneur.

Tandis qu’il marche vers l’échafaud, une pensée assassine le percute de plein fouet et ajoute à son supplice : se trouver en slip au milieu d’une foule habillée comme pour une noce a de quoi provoquer un traumatisme à vie chez n’importe qui. Mais se promener dans CE slip-là, saucissonné dans ce .. dans cette.. dans cette chose innommable, cette erreur de la couture, cette nippe inqualifiable, dépasse les limites de ce qu’on peut demander à un homme.
Ce soir, il se sent la vedette involontaire d’une grande épopée tragi-comique, qui entrera dans la légende du Wafu pendant des décennies.
Il se sent gravir le sommet du grotesque, l’Everest du ridicule.

Mais l’être humain possède des ressources insoupçonnées. Alors qu’il aurait dû mourir de honte sous les faisceaux des regards, l’instinct de survie commence à s’agiter dans son arrière-cuisine et le fait relever la tête. Il fait face à la haie humaine, et se met à la regarder droit dans les yeux, comme si sa mise n’avait rien d’extraordinaire. Plus on se sent stupide, pense-t-il, plus il faut en imposer. Menton haut, regard droit, hardi les gars… Pas de mains croisées sur l’objet du délit. Il se donne un mal de chien pour feindre la décontraction… Son cerveau lui propose un scénario : Il se persuade qu’il est un vieil original, un milliardaire américain, par exemple, qui, lassé des sommes folles qu’il vient de gagner au casino, s’apprête à prendre un bain de minuit dans le plus hideux –sinon le plus simple – appareil. Il n’y a que les gens très pauvres ou très riches pour se permettre sans complexe de s’habiller en clochard. Son assurance suffira à transformer ce slip des mauvais jours en maillot de bain ultra branché.

Ca y est, les portes massives sont franchies. Il pénètre dans le hall, et entame sa marche triomphale vers la réception.
A son approche, le mur de plastrons se rompt, lui dessinant un passage jusqu’au guichet de l’ accueil. Il s’offre même le luxe de coincer un sourire provocateur entre ses lèvres désséchées. Torse en avant, il pourfend la masse de gêne, de stupeur, d’ironie, d’incompréhension, de regards coulés, goguenards, agglutinés…

Debout derrière son bureau, le réceptionniste le regarde s’avancer avec le plus vif intérêt. Son sourire permanent s’élargit encore. Il balance un instant entre le rire et la formule polie, opte enfin pour la seconde, par peur d’être renvoyé.

Monsieur désire ?
Denys feint la désinvolture, et, d’un ton très « tiens-je-passais-par-là-par-hasard », lance :

Quelle chaleur ici dîtes-moi !

Monsieur a bien raison de se mettre à l’aise ! répond l’employé avec un professionnalisme irréprochable.

A propos, vous n’auriez pas le double de ma clé ? C’est idiot, j’ai laissé la mienne dans mon bungalow !

Le garçon opine, va chercher l’objet avec empressement, sans dissimuler la bonne humeur dans laquelle l’incident l’a plongé.

Et Denys repart en sens inverse, ses doigts recroquevillés avec ferveur sur l’instrument comme sur les joyaux de la couronne. Il a une conscience aigüe des regards aimantés par sa personne. L’orchestre vient de se remettre à jouer, et accompagne sa marche solennelle vers le bungalow.

Sa porte se referme enfin, sur la nuit infernale. La climatisation continue à brasser la chaleur sans conviction, mais mourir dans une étuve lui semble une épreuve bien douce, par rapport à celle qu’il vient de subir.
Supposant que son aventure n’est pas de nature à appeler le sommeil, il trainâsse un peu, se rafraîchit au lavabo, puis saisit une feuille de papier à lettres aux armes du Wafu, son stylo, et écrit à Christine :
« Soirée calme. Rien à signaler. Si tu savais le paysage enchanteur que j’ai devant moi…  » L’écriture danse devant ses yeux… Ce qu’il a vécu ne peut se dire. Il le taira.

Tout de même, il ne peut s’empêcher, après les affections d’usage, d’ajouter un post-scriptum :
« La prochaine fois, ne te donne pas la peine de faire ma valise, je ne veux pas te donner de soucis supplémentaire. Au fait, tu pourrais m’acheter des slips? »

Le lendemain matin, après le départ de Denys, l’un des deux agents techniques de nettoyage, chargé du ménage du bungalow, appelle son collègue.

Eh Ali !Viens voir ce que j’ai trouvé dans la corbeille dis donc là ! On dirait euh.. un … ou plutôt une… disons une sorte de… enfin pas tout à fait mais comme un genre de…

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A propos de Christine Antheaume 1 Article
Je suis passionnée d’écriture et de lecture, et je vis à la campagne, près d’Agen.