Juliette, Bodé, Martine et Mike

Juliette, Bodé, Martine et Mike
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Allongée sur le canapé du salon, Juliette rêve d’une queue, une grosse queue, brave et sans chichis, une queue chaude comme du bon pain – pas une queue « cinquante ans paraissant moins ».

Elle marche pieds nus dans la prairie. A chaque pas, des buissons de papillons translucides jaillissent devant elle, éclaboussant d’argent le ciel bleu.
Quelqu’un vient à sa rencontre. Il est apparu d’abord blanc sur blanc sur la ligne de crête puis quand les contrastes se sont mis en place, elle a reconnu Bodé.
Il est nu. Son corps est fin, musclé. Sous le bras, il porte un heaume qui est un casque de moto. A la main, une hampe de bannière qu’on ne voit pas. A mesure qu’il s’approche, elle voit le sexe de l’homme braqué comme une lance.

Il y a près d’ici un vieux tracteur kolkhozien, tout rouillé, sans pneus, brinquebalant, qui traîne sur la route un engin métallique. Les papillons ont disparu. Bodé avec eux. Maintenant la machine va surgir devant elle.

Quand elle s’est réveillée, le soleil a posé sa main sur les yeux de Juliette. Elle bat les paupières sous la violence de la lumière qui déclenche une salve d’étincelles.

Le téléphone trépigne comme un enfant tyrannique… Peut-être Mike?

Ah! Je croyais qu’il n’y avait personne!…

C’est Martine.

J’ai pensé qu’on pouvait sortir aujourd’hui… Je viens te voir tout de suite et on décide de ce qu’on fait…

C’est impossible, Martine…

Pourquoi?

Parce-que je pars en voyage!…

Tu pars en voyage?

Oui.

Où tu vas?

A… à Amiens…

A Amiens?…

Oui. A Amiens.

Aujourd’hui, à Amiens, il n’y a plus de Mike. Les anciens camarades sont tous des messieurs, cocus ou adultères. Des danseuses en tutu devenues obèses.

La vie leur a donné tort.
Et le temps a donné raison à Bodé.

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