Journal d’un Indépendant (extrait)

Journal d'un Indépendant
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Get the fucking money (Larry Ellison)

 

24 février 1999

Un entretien d’embauche
Le point sur ma situation

Le siège de National Computers est à Nanterre. J’avais rendez-vous à 16h 30.

Comme je me méfie des adresses du quartier de La Défense, j’étais arrivé une bonne heure en avance pour repérer l’endroit: un petit building verre et acier facile à trouver.

M’écartant des rocades et des échangeurs qui allaient vers Nanterre, j’ai passé le temps en flânant dans les rues désertes de La Garenne-Colombes (à prononcer avec l’accent parigot).

Une banlieue de pavillons sinistrés en brique et de jardinets en friche qui n’arrivaient plus à se donner un air de campagne. Imaginer la désolation d’un dimanche après-midi d’adolescent dans les années cinquante!

Beaucoup d’habitations étaient à l’abandon. Les nombreux garages de motos et les entrepôts étaient aussi exsangues qu’un jour de Toussaint.
De temps en temps, un Berger allemand se jetait contre la grille à mon passage et mon cœur bondissait à son tour contre ma cage thoracique, comme pour lui répondre.

Dans un terrain vague clôturé, des gamins habillés en rappeurs se cachaient derrière une baraque de chantier tandis qu’hurlait une alarme qu’ils avaient déclenchée.

16 heures 30.

Une petite boulotte à l’air retors vient me chercher pour l’entretien. Son accueil manque d’enthous1iasme. Elle est pressée et doit être chargée de faire une première élimination des candidats sélectionnés.
Dans un bureau vide où nous nous installons pour l’entretien, je vois un nom en haut de la feuille qu’elle consulte en me parlant. Je crois un instant qu’elle s’est trompée et qu’elle me colle le curriculum vitae d’un autre.

Après m’avoir posé les questions habituelles sur mon parcours professionnel, elle m’annonce tout à trac qu’en fait de consultant formation, ils recherchent des formateurs chargés de dispenser des cours standards conçus ailleurs par d’autres équipes.

Ce n’est pas du tout ce que j’attendais. Je la soupçonne de me faire des propositions que je ne peux accepter : une façon efficace d’évincer un candidat en lui laissant la responsabilité du refus. D’emblée, je sais que l’entretien ne mènera à rien, qu’elle le sait aussi. Nous sommes tous les deux pressés d’en finir mais il faut y mettre les formes.

Les yeux braqués sur mon CV, elle se met à me parler de l’UCLA et de Los Angeles où j’ai vécu un an. Il faudra que j’enlève cette incongruité de mon CV. Sans doute me prend-elle pour un affabulateur car elle me demande de lui répondre en anglais.

Après avoir échangé quelques phrases, elle s’excuse:

Dans les CV, vous savez, on peut dire n’importe quoi!.

Pour finir, j’ai sorti une dernière carte de ma manche en annonçant que je connaissais M.*** , une ancienne collègue de Data & Process, qui a été embauchée chez eux récemment.

Mon interlocutrice s’est alors montrée plus conciliante.

En partant, elle m’a demandé de lui téléphoner vers le 15 mars pour avoir des nouvelles de ma candidature.

Ma situation m’angoisse un peu.
D’une part, je recherche un travail salarié. Mais je ne retiens que des offres dans l’informatique et j’ai toujours des problèmes avec mon parcours professionnel qui est atypique selon les standards d’un recruteur.
D’autre part, j’essaie de trouver des financements pour Guru (ma petite entreprise), en cherchant dans les aides pour entreprises ou dans les appels à projets émanant de différents organismes.

Le dernier appel à projet auquel j’ai répondu a été refusé. Il émanait du Ministère de l’Industrie dans le cadre des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Convaincu de l’intérêt de mon logiciel d’analyse automatique des contenus, j’étais tellement déçu en recevant la réponse négative que j’ai failli écrire une lettre de réclamation pour demander les raisons exactes du refus.

Les microscopiques structures comme Guru sont systématiquement écartées des appels à projets. Comment font-elles pour exister et se développer?

Le soir, Gilbert et Martine sont venus prendre l’apéritif.

Ils avaient des invitations pour Normales saisonnières où jouait un de leurs copains.

Nous sommes donc allés voir la pièce qui était amusante, pleine de fantaisie et d’allant.

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