Je ne voulais pas

Je ne voulais pas
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Je ne voulais pas l’ouvrir, je te jure. C’est un simple accident.J’ai récupéré mon courrier, comme tous les soirs en rentrant du boulot et elle s’était glissée entre les pubs et les factures.

J’aurais préféré que ça n’arrive pas. Qu’elle ne se soit pas immiscée comme ça dans ma vie.J’aurais voulu me rendre compte avant que cette lettre ne m’était pas destinée. Parce-que maintenant, je serai obligé de vivre avec ce poids jusqu’à la fin de mes jours, d’assumer avec toi ce secret que je n’aurais jamais du percer.

Le pire je pense sera quand je devrai te la rendre. Avec l’enveloppe décachetée. J’ai fait ça comme un cochon, sans prendre le temps,sans minutie. C’est irréparable, impossible de te le cacher. J’ai déchiré ton intimité. Je sais, je l’ai lue. Je l’ai retournée dans tous les sens. J’ai tout de suite compris mon erreur. Mais je l’avais ouverte, c’était déjà trop tard. Je vais devoir partager ça avec toi. Ou plutôt non,c’est toi qui vas devoir le partager avec moi. Sans l’avoir voulu. On ne se connaît même pas. La chose la plus intime, la plus dure de ta vie, dévoilée comme ça à un inconnu. Un pauvre type parmi tous les autres, que tu ne croises que dans l’escalier.

Avant ça, je ne savais même pas ton nom, je ne m’en étais jamais vraiment préoccupé. J et’ai toujours trouvée jolie Pauline, mais je ne l’aurais jamais avoué. Tu es bien trop jolie pour moi. Je préférais faire comme si je n’avais pas envie de te connaître, pour ne pas me prendre de revers. Je me suis voilé la face. Et cette fois, je vais juste venir, le gentil voisin d’à côté. Mais je ne viens pas te demander du sel Pauline. J’aurais les jambes qui tremblent et la voix saccadée. Je te jure, je ne voulais pas l’ouvrir. C’est un simple accident.Je ne saurais pas quoi dire d’autre.Je ne pourrais même pas te mentir, te dire que je ne l’ai pas lue. J’en suis incapable.Est-ce que tu le connais au moins ton secret? J’ose espérer que oui. Que ce n’est pas le genre de choses qu’on apprend dans une foutue lettre, égarée dans les piles de factures et de pub qui remplissent toutes les boîtes du monde.

On a du t’appeler, c’est obligé. Te donner rendez-vous, te faire asseoir dans un petit bureau discret, impersonnel, sordide. Je n’ose pas y penser. Je n’ose pas penser à ce que tu as pu ressentir. Un monde qui s’écroule. Je sais que tu sais. J’espère que tu sais. Sinon ce serait pire encore. Je serai l’ange de la mort. Je ne pourrais pas vivre avec ça. Alors voilà, je ne comprends pas pourquoi ça t’arrive à toi. Pourquoi je suis mêlé à ça. Mais je sais que si tu le souhaites, je serai là. Tout prés. Tu n’auras que quelques pas à faire. Puisque je sais, avec moi tu n’auras pas besoin de faire semblant. C’est peut-être juste pour ça que c’est arrivé. Pour que tu puisses être un peu toi-même, encore. Je te jure, je ne voulais pas l’ouvrir.

Parce-que maintenant, ces mots noirs resteront gravés pour toujours dans un coin de ma tête. Pauline M. Test HIV : positif.

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