Personne ne meurt jamais vraiment

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Quand elle n’y sera plus, ils s’en mordraient les doigts, Franck son ex, ces hypocrites de la belle-famille et Céline et Nicolas ses propres enfants. Ils ne lui avaient jamais pardonné de les avoir plaqués pour suivre ce Mattéo dont elle était tombée folle amoureuse.
Comment résister aux yeux de braise et à la sexualité torride d’un voyou des favelas qui portait, en plus, le prénom de Mattéo ?
Il avait du chat en lui, Mattéo. Mais pas comme ce chat tout pouilleux du métro, celui qui s’était enfui avec le portefeuille du gros bonhomme. Mattéo, lui, c’était le colocolo, le chat des pampas à qui rien ne résiste. Même si le beau Brésilien s’était finalement révélé être un affreux gigolo, encore aujourd’hui, elle n’arrivait pas à lui en vouloir. Le cadeau qu’il lui avait fait en entrant dans sa vie valait bien qu’il lui vide son compte en banque pour s’acheter sa drogue.
Il disparut finalement un beau jour avec la voiture de Martine après avoir tenté de l’impliquer dans une dernière escroquerie à l’assurance…

Aujourd’hui, elle en riait presque comme d’une farce sans importance. Même si, quand les premiers commandements d’huissier arrivèrent, le Mattéo des favelas, le colocolo des pampas s’avéra se prénommer Régis et être originaire des Deux-Sèvres…

Oui ! Parce qu’on n’a qu’une vie et que celle-ci est courte, elle avait tout plaqué du jour au lendemain, mari et gosses, pour les beaux yeux de Mattéo. Et elle le referait encore aujourd’hui sans hésitation !

Le divorce fut prononcé à ses torts. La garde des enfants confiée au père. Sa belle-famille la détestait et avait été, dès le début, contre son mariage avec Franck. Tous, ils pensaient qu’ils étaient mal assortis et qu’elle finirait par nuire à sa carrière.
Les événements leur avaient donné raison. Au premier faux pas, ils s’étaient tous retournés contre elle.

Aujourd’hui, Franck avait été nommé directeur financier d’une multinationale hollandaise de produits détergents. Sa nouvelle femme était conseillère juridique ou avocate… Quelque chose comme ça… Une profession qui en imposait… dans le droit.
Les enfants avaient pris le parti de leur père. Ils ne pardonnaient pas à leur mère de les avoir abandonnés pour un romanichel.

Quand ils venaient passer un week-end dans le studio que louait Martine dans le quartier bobo de Châteaudidier, ils n’avaient pas besoin de parler pour qu’elle sache ce qu’ils pensaient d’elle et de sa conduite. Ils avaient le silence des enfants bien élevés qui ne disent rien, mais dont les jugements de valeur sont impitoyables et irréversibles. Ils passaient leur temps de visite le casque aux oreilles et les yeux rivés sur la console de jeu. Il s’agissait pour eux de se plier à la stricte observance d’une obligation réglementaire et de respecter les consignes.

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