Personne ne meurt jamais vraiment

Print Friendly, PDF & Email

Notre conscience ne peut se figurer ce qui la nie.
Toutes ces traces que l’homme s’obstine à laisser derrière lui ne sont que manœuvres d’un ego incapable d’envisager sa propre disparition, un leurre qu’il échafaude dans l’espoir de grappiller encore quelques poussières de survie -sursis dérisoire à l’échelle du temps cosmique.

Certaines religions évoquent un lieu où transite l’âme des morts en attente du jugement dernier.
Pour celui qui ne croit pas en l’au-delà, le purgatoire sera ce territoire immatériel créé sur terre par toutes les marques de notre passage que nous laisserons aux vivants -comme les restes d’un pique-nique que des promeneurs éméchés abandonnent à ceux qui viendront après eux.

Toutes ces images de nous-mêmes que nous jetons en pâture aux yeux de nos semblables sont comme autant de fils qui nous retiendront dans cette vie quand nous n’y serons plus.
Tant que ne sera pas tranché le dernier lien qui nous enchaîne là où nous n’avons plus rien à faire, les portes de la salle d’attente resteront fermées. Les trains passeront sans jamais s’arrêter. L’éternité nous sera refusée.
Et nous ne quitterons ces limbes que lorsque tous les vestiges de notre existence auront disparu de la mémoire du monde.

Dans son dernier rêve sous morphine, Martine a eu l’illumination de ce qui allait se passer après.

Son destin avait été scellé devant la fontaine Saint-Michel.
Comme les damnés de Dante, obligés de cohabiter avec leurs ennemis et de partager avec eux leurs supplices, elle savait qu’elle était condamnée à faire encore un long, long séjour parmi les inconnus de l’album des Miller.

@Tous droits réservés. Jean Plasmans. 2010.

Share