Personne ne meurt jamais vraiment

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– Are you married?
Les mots que Miller venait de prononcer ramenèrent Martine à la réalité. Les envies de meurtre s’envolèrent aussitôt.
– Je l’ai été, répondit-elle.
– Des enfants ?
Martine leva deux doigts:
– Two… Twelve and eight.

Alors, d’un air grave, il lui présenta à nouveau l’écran de son appareil.

On y voyait la photo d’une fillette dans un fauteuil roulant. Derrière elle, se tenait Martin Miller, plus jeune de quelques années. Il lui fit signe de passer à la photo suivante. Elle avait été prise au cours d’un enterrement, au moment où le prêtre bénit la fosse avant la descente du cercueil.
– Ma fille Norma, dit-il… Huit ans… Leucémie… Seigneur, que ta volonté soit faite…, dit-il en faisant le signe de croix.

Il éteignit alors l’appareil et le replaça dans la poche de son pantalon.
Il jeta sur la table les billets qui réglaient l’addition (il fit un signe de la tête pour arrêter Martine quand elle chercha son portefeuille dans son sac). Il se leva brusquement, l’air contrarié de quelqu’un à qui on a fait perdre son temps :
– Now it’s up to you!, dit-il à Martine.

Il lui serra la main et se dirigea vers la sortie.
Martine le vit rejoindre un groupe de policiers qui venait d’arriver sur le parking.
De sa place, elle ne pouvait pas entendre ce que Martin Miller leur racontait, mais ils riaient et jetaient des regards appuyés vers elle, à travers les grandes baies vitrées du Denny’s que le soleil couchant éclaboussait d’orange.

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