Personne ne meurt jamais vraiment

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Miller récupéra l’iPhone.
Après avoir pianoté sur l’écran, il retourna l’appareil vers Martine.
Apparut alors la page d’accueil d’un site internet exclusivement consacré à la publication de photos de famille.
Des millions d’images représentant à l’infini les mêmes scènes que celles qu’elle venait de voir dans l’album des Miller.

– Mon fils en a mis aussi sur le blog de la famille. Et aussi sur Facebook… Et encore ailleurs, sûrement…

Elle comprit alors que, même en supprimant la photo de l’album des Miller, tant de copies avaient depuis proliféré de manière incontrôlée qu’il devenait impossible de supprimer toute trace du moment fatidique.
Il n’y avait aucun moyen de remonter le temps et d’effacer de la mémoire du monde l’instant où sa vie à elle avait basculé. Sa personnalité avait explosé en millions d’éclats dont chaque photo représentait un morceau. La malédiction était inexorable.
Et pour la première fois de sa vie, elle eut envie de tuer.

C’était un sentiment d’une violence inouïe qui l’effrayait elle-même mais qui la dépassait et qui emportait avec lui toute tentative de raisonnement.
Comme pour prendre de vitesse la voix qui l’abjurait de renoncer à son acte de folie, une partie de son cerveau élaborait le moyen de se débarrasser de Martin Miller. Et déjà, les poings de Martine se serraient sur la fourchette qu’elle lui planterait dans l’œil et le couteau à viande avec lequel elle allait lui trancher la gorge.

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