Personne ne meurt jamais vraiment

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Pour donner le change, Martine continua à faire défiler d’autres photos mais son esprit échafaudait des plans pour faire disparaitre la preuve de sa culpabilité.

Il devait bien y avoir une touche sur ce maudit appareil pour en effacer d’un coup toute la mémoire… Ou alors, le laisser tomber (il suffirait de faire croire à une maladresse) puis l’écraser d’un coup de talon avant de s’enfuir à toutes jambes.

– Lesquelles vous intéressent ?, demanda l’homme qui, son repas fini, commençait à trouver le temps long.
Martine sélectionna au hasard trois photos de Paris parmi lesquelles était glissée la seule qui l’intéressait :
– Celle-là, celle-là et celle-là, répondit-elle, en tournant l’écran vers son interlocuteur.
– How much do you pay for that ?, demanda-t-il alors.
Prise au dépourvu, elle lui proposa cent dollars par photo. Et, à la réflexion, elle ne retenait que deux photos parmi celles qu’elle venait de lui montrer.
– OK pour 200 dollars !, dit-il, en commençant à manipuler l’appareil. Donnez-moi, votre adresse mail et je vous les envoie tout de suite.

Envoyer un double de la photo ne suffisait pas. Ce que voulait Martine, c’était sortir de l’univers absurde dans lequel il la tenait prisonnière. Pour cela, il fallait détruire toute trace de l’original.
Elle dut mobiliser toute son énergie pour échafauder en urgence un argumentaire selon lequel il fallait supprimer de l’appareil les photos retenues pour l’exposition. Ses clients voulaient l’exclusivité totale sur les illustrations du catalogue et paieraient pour cela des royalties importantes. Qu’il lui envoie les photos et efface devant elle les fichiers numériques stockés sur son appareil.

Elle allait donc prendre deux cents dollars dans son portefeuille et les donner à Martin Miller pour qu’il la sorte de son album. Et cette image n’aurait jamais existé. Elle n’aurait jamais menti au docteur Robert. Les résultats de Villejuif seraient bons. La vie continuerait pour elle longtemps encore.

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