Personne ne meurt jamais vraiment

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Après le temps nécessaire à décoder leurs accents respectifs (celui du Michigan de l’un répondait à l’anglais plutôt académique de l’autre), le dialogue s’établit facilement.

– So… What’s the story ?, demanda-t-il, lorsque Martine eut passé la commande.

Elle dût resservir une fois de plus la fable qu’elle avait imaginée pour expliquer ce qui l’amenait ici. Le concours de photos organisé par la mairie de Paris et le syndicat des hôteliers… La grande exposition officielle sur le thème Paris vu par ses visiteurs… La remise de prix aux œuvres sélectionnées… Les séjours offerts aux gagnants…

Il fallait qu’elle se concentre sur ce qu’elle disait parce qu’elle sentait qu’en face, Martin Miller était aux aguets et détecterait le subterfuge dès la première incohérence dans l’histoire qu’elle lui racontait.
Non, elle ne travaillait ni à la mairie de Paris ni à l’hôtel Vendôme. Elle avait juste été embauchée en tant que free-lance. Sa mission consistait à contacter les touristes descendus dans les hôtels participant à l’opération et à faire avec eux une première sélection de leurs clichés.
L’homme continuait son interrogatoire. Comment seraient négociés ses droits? Où et quand aurait lieu l’exposition? Et à chacune de ses questions, elle devait aiguillonner son imagination pour trouver au plus vite une réponse crédible.

Quand la situation l’exigeait, Martine savait bien mentir. Et l’autre semblait croire à l’histoire qu’elle lui racontait. Heureusement pour elle, car s’il avait émis le moindre doute, elle n’aurait pas eu l’aplomb de lui faire front et de persister dans ses bobards.
Elle se serait certainement lamentablement effondrée pour déballer les vraies raisons de sa visite: le mal qui la rongeait… le mensonge au docteur Robert… la photo d’elle qu’il fallait absolument récupérer avant de recevoir les résultats de l’examen de Villejuif…

Après un temps de réflexion, Martin Miller sortit un iPhone de sa poche de pantalon, manipula l’écran et, par-delà la table, tendit l’appareil à Martine.
– Tout est là, lui dit-il.

Et, lui montrant comment feuilleter l’album qui s’affichait sur l’écran tactile, il ajouta :
– Indiquez-moi seulement celles que vous voulez!

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