Personne ne meurt jamais vraiment

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Le taxi la déposa à l’heure dite devant le Denny’s.
Elle avait à peine fait un pas dans l’établissement qu’elle fut interpellée par un homme attablé devant un hamburger et une assiette de frites.
– Hello ! Martine !
Martin Miller l’invita à s’asseoir à sa table.

– Martin Miller! Pleased to meet you !
Il fit un signe à la serveuse pour qu’elle vienne prendre la commande.

Alors, te voilà enfin, voleur !… pensa-t-elle en s’installant sur la banquette.
L’homme assis en face d’elle n’avait pourtant rien d’un voyou. La quarantaine, la stature d’un ancien sportif luttant pied à pied contre l’empâtement de l’âge.

Les traits à la fois énergiques et sévères de son visage dénonçaient un caractère exigeant. Probablement quelqu’un qui ne pouvait avancer que sur des certitudes absolues et qui ne pouvait rien bâtir sur des terrains mouvants ou des zones sismiques.

Martin Miller ne semblait pas vraiment en paix avec lui-même. Il y avait dans sa façon de parler un ton expéditif et suffisant qui déplut tout de suite à Martine.
Le genre de type à œillères à afficher bien haut ses principes, jugea-t-elle, et à cacher sous le tapis des tas de secrets inavouables. Tout ce que Martine détestait. Mais ce qui la dégoûtait le plus, c’est que Martin Miller respirait la propreté. Ses joues satinées étaient rasées de près et sentaient l’after-shave. Il venait probablement de prendre sa douche car ses cheveux étaient encore humides. Sa chemisette bleue était impeccablement repassée ; les manches courtes lui faisaient comme deux nageoires au niveau du coude.

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