Personne ne meurt jamais vraiment

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Martine l’implora enfin de bien vouloir rechercher dans ses registres le nom de ces touristes américains et de lui fournir toutes les précisions qui lui permettraient de les contacter.

L’homme se pencha vers l’ordinateur dont elle ne voyait que l’arrière de l’écran posé sur le comptoir. On entendait le cliquetis des touches d’un clavier invisible qui semblaient s’actionner toutes seules. La pâle lueur qui venait de l’écran baignait le visage de l’homme d’une douceur uniforme qui lissait toutes les aspérités de ses traits et donnait à son air concentré une expression angélique qui le rendait désirable.
Les bruits du clavier arrivaient parfois en rafales, parfois touche par touche avec des silences de plusieurs secondes pendant lesquels l’homme fronçait les sourcils comme si l’écran le confrontait à une énigme insoluble.

Puis la situation se débloquait. Les cliquetis du clavier reprenaient et les frappes s’enchaînaient joyeusement, comme en roue libre.
– J’ai bien ce couple d’américains arrivés le 14 avec leur fils, finit-il par dire sans relever la tête de l’écran… Une double et une single…

Martine n’eut pas le temps de se réjouir. L’homme ajouta :
– Ils ont réglé leur note hier matin…
Puis comme Martine attendait la suite :
– C’est tout ce que je peux faire pour vous.

Devant la déception de Martine, l’employé lui répondit qu’il n’avait pas le droit de fournir de renseignements sur la clientèle. Pour quelle raison devrait-il risquer un avertissement, une mise à pied ou même un licenciement?
Il jeta un regard interrogateur sur Martine pour qu’elle lui fournisse la réponse.
Il vit qu’elle avait compris.
D’un mouvement de la tête, il désigna la pièce près du comptoir qui servait de consigne pour les bagages des clients.

Récupérant la clé au tableau, il suivit Martine dans le cagibi, parmi les valises à roulettes aussi imposantes que des armoires normandes et des sacs de sport taillés pour emballer un cadavre.
Il referma la porte à double tour derrière lui.

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